Depuis deux ans, la promesse est omniprésente : l’IA va transformer la productivité.
Mais jusqu’ici, les décideurs devaient surtout se contenter :
- d’études de cas isolées,
- de tests en laboratoire,
- ou de discours marketing.
Une nouvelle étude d’Anthropic (Décembre 2025) change la donne.
Elle ne mesure pas ce que l’IA pourrait faire, mais ce qu’elle fait déjà, à partir de 100 000 conversations réelles avec Claude, analysées de manière respectueuse de la vie privée.
Et les enseignements sont sans ambiguïté.
1. L’IA accélère le travail… massivement
Premier constat : les tâches confiées à l’IA ne sont pas marginales.
Selon l’étude :
- les tâches réalisées avec l’IA prendraient en moyenne 1h30 sans assistance,
- l’IA permet de les réaliser environ 80 % plus vite.
Autrement dit, l’IA ne sert pas seulement à “gagner quelques minutes” : elle compresse radicalement le temps de travail sur des tâches complexes, à forte valeur ajoutée
2. Les gains sont les plus forts là où la valeur est la plus élevée
Contrairement à certaines idées reçues, l’IA n’impacte pas d’abord les tâches simples.
Les usages les plus fréquents concernent :
- le management,
- le juridique,
- la finance,
- l’ingénierie logicielle,
- l’éducation et la production de contenu.
Ce sont précisément les métiers :
- à forte intensité cognitive,
- à coûts horaires élevés,
- où la lecture, l’analyse, la synthèse et la rédaction dominent.
L’IA s’attaque au cœur du travail des cadres et des experts, pas à sa périphérie.
3. Tous les gains ne sont pas égaux (et c’est stratégique)
L’étude montre une réalité essentielle pour les dirigeants :
la productivité ne progresse pas de manière homogène.
Certaines tâches sont fortement accélérées (jusqu’à 90–95 %) :
- synthèse de rapports,
- rédaction de documents,
- analyse d’informations complexes.
D’autres le sont beaucoup moins :
- coordination humaine,
- supervision,
- travail physique ou présentiel.
Résultat : les tâches non accélérées deviennent des goulets d’étranglement.
Pour une organisation, cela signifie que :
- accélérer une partie du travail sans repenser l’ensemble du processus limite l’impact,
- les vrais gains viendront de la recomposition des rôles, des workflows et des décisions.
4. Un impact macroéconomique déjà mesurable
En extrapolant ces gains au niveau de l’économie, l’étude estime que :
- l’IA actuelle (sans progrès futurs),
- avec une adoption large sur 10 ans,
pourrait augmenter la productivité du travail de +1,8 % par an.
C’est le double du rythme observé ces dernières années aux États-Unis.
Et ce chiffre est volontairement conservateur :
- il ne tient pas compte des progrès futurs des modèles,
- ni des réorganisations profondes que les entreprises pourraient opérer.
Autrement dit : ce que nous voyons aujourd’hui est probablement un plancher, pas un plafond.
5. La productivité ne vient pas seulement de l’outil, mais de l’organisation
L’un des enseignements les plus importants de l’étude est aussi le plus souvent négligé.
Historiquement, les grandes ruptures de productivité (électricité, informatique, internet) ne sont pas venues de l’outil seul, mais de :
- la réorganisation du travail,
- la redéfinition des rôles,
- la simplification des chaînes de décision.
L’IA accélère les tâches existantes.
Mais la vraie valeur apparaît lorsque les entreprises :
- suppriment des étapes devenues inutiles,
- redéfinissent ce qui doit être validé par un humain,
- déplacent le temps libéré vers des activités réellement différenciantes.
Sans transformation organisationnelle, l’IA reste un accélérateur local, pas un levier stratégique.
6. Ce que cela change concrètement pour les décideurs
La question n’est plus : “L’IA est-elle mature ?”
Les données montrent qu’elle l’est déjà pour de nombreux usages.
La vraie question devient : “Où l’IA libère-t-elle le plus de temps qualifié, et que faisons-nous de ce temps ?”
Les entreprises les plus avancées :
- identifient les tâches à forte intensité cognitive,
- évitent de sur-automatiser les zones à faible rendement,
- repensent les processus autour des nouveaux goulots d’étranglement,
- mesurent la productivité au niveau des tâches, pas seulement des outils.
Conclusion : l’ IA rend visible
ce que l’organisation valorise vraiment
L’IA n’est pas seulement un gain de productivité.
C’est un révélateur.
Elle montre :
- où le temps humain a réellement de la valeur,
- où les processus sont inutilement complexes,
- où la décision humaine est irremplaçable… et où elle ne l’est pas.
Les entreprises qui tireront le plus de valeur de l’IA ne seront pas celles qui “déploient un outil”, mais celles qui acceptent de se repenser autour du temps libéré.
L’IA n’automatise pas le travail.
Elle oblige les dirigeants à décider ce qui mérite encore du temps humain.
Pour accéder à l’étude Anthropic .




